Au chevet d’une médecine malade

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Une récente polémique met en cause la plate-forme Doctolib sur son libéralisme concernant les pratiques alternatives. Relayé par une presse qui associe pêle-mêle la sophrologie, la naturopathie et l’homéopathie, ce « bashing » relève du chevalier blanc.

Une régulation des pratiques non médicamenteuses mise en œuvre par l’Agence des médecines complémentaires et alternative est indispensable pour la sécurité des patients. Cependant, tous les praticiens alternatifs ne sont ni trop peu formés, ni sectaires comme on voudrait nous le faire croire. C’est comme si nous affirmions que tous les médecins généralistes faisaient un mésusage des antibiotiques et des psychotropes au dépend de la santé des patients.

 

La médecine est malade de son succès scientifique

Si les progrès thérapeutiques indéniables de ces dernières années ont fait reculer les maladies à pronostic vital, la prise en charge de la santé de la population ne répond plus à ses attentes. Oui, il faut réduire la prescription des antibiotiques, anti-inflammatoire et autres psychotropes, mais que propose-t-on à la place ? Le temps est compté et s’il est facile de soigner par réflexe une angine en 10 minutes, qu’en est-il pour l’annonce dans un couloir hospitalier d’un cancer ? Nombre de jeunes médecins généraliste s’orientent vers la médecine esthétique ou la nutrition, déçu par leur pratique médicale. Leur champ du possible se réduit comme une peau de chagrin et les diktats thérapeutiques en font des prescripteurs dirigés.

La médecine n’est plus un art, c’est devenu une robotisation intellectuelle servie par des protocoles statistiques complètement en dehors de la réalité du terrain. Les consultations, sous payées, sont morcelées par pathologie et séquencées comme un travail à la chaîne. Au chevet d’une médecine malade, en clair, d’un point de vue clinique, les symptômes sont inquiétants. L’hôpital souffre toujours autant, les urgences sont débordées et les médecins généralistes, enfin ceux qui restent, exsangues. Les saignées pratiquées par l’administration (suppression de lit, numérus clausus), pour essayer d’endiguer une montée des coûts, s’avère aussi désastreuse que celles pratiquées au XVIIIème siècle.

Les thérapeutiques non médicamenteuses occupent une place délaissée par la médecine : la santé de la population, le soin de ses plaies somato-psychiques et l’écoute de ses inquiétudes. « C’est pas grave, ça va s’arranger tout seul, c’est idiopathique, pourtant je ne suis pas si bête… je n’ai pas de traitement à vous proposer… » sont des phrases très souvent entendues. Les patients se tournent alors vers des pratiques non conventionnelles qui, si elles sont étiquetées de mieux être, en tout cas, leur font du bien. Peut-être que ce n’est pas du champ de la médecine qui a déjà bien du travail à s’occuper des maladies.

 

La réglementation des thérapeutiques alternatives est nécessaire

Oui, il faut réguler ces pratiques pour la sécurité des patients, comme il faut réguler les pratiques médicales qui dérivent vers le mésusage thérapeutique. Oui, il faut que les étudiants en médecines soient informés de ce qui les attend à la sortie plutôt que de diaboliser tout ce qui n’est de la faculté. Encore une fois, il y a un monde entre la doxa médicale universitaire et la médecine de ville aussi vaste qu’entre la perception parisienne de la vie et la province.

Concernant l’homéopathie, amalgamée avec des pratiques parfois douteuses, il faut rappeler qu’elle est prescrite par des professionnels de santé (médecins, sage-femmes, pharmaciens) dûment formés à la faculté et ayant reçu une formation complémentaire de qualité souvent universitaire. La médecine est malade et l’intégration de pratiques complémentaires de haute qualité permettra peut-être de la sauver.

Par SafeMed

Collectif de patients et professionnels de santé pour une médecine intégrative.