Aurélie, médecin généraliste installée à Brest depuis presque 9 ans

Aurélie A., 3ème au DIU de juin dernier

Monsieur le Sénateur,

Par la présente, je sollicite un peu de votre temps pour vous apporter un témoignage qui, je l’espère, vous permettra de contribuer au maintien du remboursement de l’homéopathie. Je ne reviendrai pas sur tous les arguments déjà cités par ma Consœur le Docteur Anne ATCHADE dans son courrier du 01/06/19.

Je vous offre ici mon simple avis de praticienne passionnée.

Je suis médecin généraliste, installée depuis presque 9 ans à Brest.

Je me soigne par homéopathie depuis l’enfance, et suis formée en Homéopathie depuis 2018 (DIU de thérapeutique homéopathique Brest, Lyon et Reims).

Malgré une utilisation régulière, j’ai moi aussi été par moment en questionnement par rapport au fonctionnement de l’homéopathie. Simple effet placebo ? Pas de chimie ?

Comme tout scientifique c’est par les expériences et les faits que j’ai décidé d’aborder l’homéopathie.

Je me suis donc intéressée de plus prêt à cette thérapeutique tant dans mon quotidien de jeune maman, que de jeune docteur.

Et chaque expérience, chaque prescription me montraient l’intérêt et la performance de cette thérapeutique.

De la petite bosse au rhume, gastro-entérite, otite, à la dépression, de la douleur d’épaule, aux soins de support en cancérologie et radiothérapie sans oublier l’accompagnement des femmes enceintes…, l’homéopathie a sa place.

Là où l’allopathie manque de réponse, l’homéopathie offre une possibilité. Là où l’allopathie est efficace, l’homéopathie offre un complément.

L’homéopathie est également une médecine de prévention. Prévention ô combien importante dans la prise en charge médicale qui permet à la fois une meilleure santé de nos patients  et une réduction non négligeable des dépenses de notre système de soins.

Il s’agit de faire interagir les deux thérapeutiques en bonne intelligence lorsque cela est nécessaire. Je suis médecin avant tout et place mon patient au centre de mes préoccupations.

Je suis dans un quartier populaire et le déremboursement est une préoccupation majeure pour mes patients. Si c’était le cas, mes patients les moins aisés ne pourraient plus accéder à cette thérapeutique et aux bénéfices de ses effets.

A titre d’exemples :

Une de mes patientes a subi une radiothérapie pour un cancer du sein, je lui ai proposé un traitement de support pour éviter les effets secondaires liés à cette irradiation. Pas une brûlure, pas une lésion, de ce traitement que l’on sait, bien souvent, à l’origine de séquelles invalidantes chez beaucoup de femme.
Autre exemple avec un patient qui présente un syndrome sec et des troubles buccaux dans les suites d’une radio-chimiothérapie de la gorge. Je lui ai prescrit un traitement pour diminuer les séquelles. Il me dit régulièrement qu’il en a besoin et que ça le soulage quand il le prend.
Ou encore une patiente lombalgique qui ne peut prendre aucune thérapeutique allopathique classique (AINS, antalgiques de palier 2 et 3) du fait d’effets secondaires graves et qui est soulagée par un traitement homéopathique bien ciblé.

Je pourrais multiplier les exemples car ils sont quotidiens dans mon cabinet.

Toutes ces personnes, je dois le préciser, étaient au départ « homéo-septiques ». Face aux impasses thérapeutiques de la médecine conventionnelle, elles ont accepté ma proposition d’essayer un traitement homéopathique.

Malgré leurs doutes initiaux, elles sont venues me témoigner de l’efficacité et du soulagement que leur a apporté le traitement.

Si l’homéopathie est déremboursée, ces patients ainsi que tous les autres ne pourront clairement plus bénéficier de cette thérapeutique.

Pour peu que l’on s’y intéresse, on se rend compte que cette discipline est précise et complète. Elle a séduit bon nombre de praticiens experts et érudits que j’ai eu la chance de rencontrer et qui nous ont formés à la bonne pratique de la médecine.

Une médecine centrée sur le patient, sur l’écoute de la personne, de ses symptômes, dans la précision du détail et dans la globalisation du patient et non d’un organe. Toute cette science, toute cette pratique disparaîtra sans la pérennité de son enseignement.

Nous avons la chance à Brest, dans le cadre d’un diplôme inter-universitaire  entre les facultés de Brest-Reims-Lyon, d’avoir accès à un enseignement de thérapeutique homéopathique de qualité, à  un coût accessible tant pour les praticiens que pour les étudiants.

Les maîtres de mes maîtres, tels que Denis Demarque ou Bernard Poitevin (pour ne citer qu’eux) ont su nous montrer l’importance de la transmission de ce savoir dont nous sommes garants, nous médecins, hommes et femmes de sciences.

La jeune génération est motivée pour continuer d’apprendre et de transmettre ce savoir si riche.

Les étudiants que je reçois en stage régulièrement sont eux aussi curieux et ouverts à cette discipline. Ils observent, au fur et à mesure des consultations, le champ des possibles et les outils qu’ils pourraient avoir en main pour soulager les patients.

Car l’essentiel est là, le bien du patient. Cette thérapeutique est un réel atout à qui sait la prescrire à bon escient.

Je ne pensais pas, en passant ce DIU de thérapeutique homéopathique, que je devrais autant m’impliquer pour défendre l’homéopathie, mais je ne regrette pas ce choix qui s’avère aujourd’hui être un acte politique pour défendre une médecine ouverte, préventive, centrée sur l’humain.

Vous saurez, je l’espère, entendre l’importance de pérenniser l’enseignement et l’usage de cette thérapeutique ainsi que le maintien de son remboursement.

Je vous prie d’agréer, Monsieur Le Sénateur, l’expression de mes sincères salutations.

Par SafeMed

Collectif de patients et professionnels de santé pour une médecine intégrative.